Lorraine Mitchelmore parle de leadership

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CE QUE J’AI APPRIS SUR LE LEADERSHIP

Le leadership est un sujet à la fois intéressant et complexe à traiter. Il n’obéit à aucune règle, et chacun le conçoit différemment. Pour écrire sur lui et sur ce qui fait de moi un leader, il a fallu que je creuse dans ma mémoire pour expliquer mon cheminement. Je n’avais rien planifié. Je dis toujours à mes filles que, dans la vie, il faut trouver le trésor en soi. Je me suis rendu compte qu’il en est de même pour le leadership : il faut trouver sa raison d’être. Nous en avons tous un. Tout repose sur les choix que nous faisons pour vraiment devenir un chef de file. J’ai déjà lu un article où l’on disait que le leadership résultait d’un mariage de compétence et d’authenticité. Je suis d’accord. Dans mon cas, il résulte d’une grande soif d’apprendre et d’une vie durant laquelle j’ai cherché à être moi-même. Chacun a sa propre recette.

Aujourd’hui, je partagerai avec vous des leçons que j’ai apprises au cours d’une vie riche en apprentissage. Je vous raconterai des expériences qui ont formé mon caractère et mon style en tant que leader, puis je vous dirai comment j’ai mis certaines d’entre elles à profit et formé d’autres leaders. Tout commence avec le courage.

Le leadership, c’est le courage de défendre ses convictions

Commençons par le début. Ce que je sais du leadership, je l’ai entièrement appris en grandissant avec quatre frères, deux plus jeunes et deux plus vieux. Non, je blague. J’ai beaucoup appris dans le milieu entrepreneurial et j’apprends encore. Mais en réfléchissant à ce qui a fait de moi qui je suis, je me suis souvenue que j’ai appris qu’il fallait que je me défende quand j’étais enfant. J’ai su ce que c’était de devoir se faire entendre dans une pièce où vous êtes différent des autres, dans mon cas, une fille au milieu de quatre garçons.

Cela a été difficile. On s’attendait clairement à ce que je me comporte comme une fille et à ce que je ne fasse pas certaines choses que j’adorais faire. Mais j’étais décidée à définir ma propre personnalité et à ne pas laisser quelqu’un d’autre le faire à ma place parce que j’étais la seule fille de la famille. En fait, j’ai souvent revécu cette expérience durant ma carrière. J’ai réalisé qu’elle était des plus formatrices parce qu’elle me donnait l’occasion de défendre mes convictions et d’empêcher que d’autres me définissent, tant au travail qu’ailleurs. Je ne permets pas qu’on n’écoute pas ma voix. Nous devons tous parfois apprendre à user de nos pouvoirs de persuasion pour prendre notre place, mais nous devons toujours avoir le courage de nous faire entendre.

Le leadership, c’est avoir le courage de faire et de dire ce qu’on considère juste.

Le leadership, c’est aussi le courage de reconnaître qu’on ne sait pas tout

J’ai vécu dans un village à Terre-Neuve-et-Labrador qui s’appelle Green Island Cove et qui comptait deux cents habitants. Actuellement, il en compte environ cent. Ma première année d’université a été un cauchemar. J’y étais entrée avec d’excellentes notes et une bourse, mais les gens autour de moi étaient si brillants et éloquents que je ne me sentais pas à ma place.

À mesure que je faisais connaissance avec mes pairs, je voyais que j’en savais autant qu’eux, mais que je devais m’exercer à m’exprimer sans complexe. J’ai appris que la seule façon d’apprendre était d’être vulnérable, de laisser voir aux autres qu’on n’est pas omniscient, d’avoir une grande soif d’apprendre et de ne pas en avoir honte. Il faut être curieux.

Il faut avoir le courage de reconnaître qu’on ne sait pas tout. Et plus vous travaillez et faites d’autres rencontres, plus vous constatez que la plupart des gens sont dans le même bateau. Les hommes aussi craignent de montrer qu’ils ignorent quelque chose. Personne ne veut avoir l’air stupide. Mais il faut rechercher ce genre de situations parce que ce sont celles qui vous apprendront à devenir un leader compétent. Votre vulnérabilité révélera votre authenticité.

J’applique cette philosophie à tous les types de défis.

Il m’est arrivé, après avoir accepté un nouveau rôle, que certains soulignent le fait que je n’avais aucune expérience de l’industrie. Plutôt que d’être sur la défensive, j’ai demandé si celui qui m’avait précédée avait une expérience pertinente. Ce n’était pas le cas. Est-ce que cela avait inquiété quelqu’un? Non. On voyait en lui des acquis et en moi, des lacunes.

Lorsque j’ai posé les mêmes questions à mon employeur, celui-ci a reconnu que l’aptitude au leadership importait plus dans ce rôle que l’expérience de l’industrie. Les femmes tendent à se déprécier. Ne le faites pas. N’ayez pas peur de défendre vos points de vue, de remettre en question les idées reçues, qui ne sont en réalité que des opinions que les gens véhiculent sans y penser ou sans le vouloir. Faites-vous entendre pour rétablir les choses.

Ne craignez pas d’accepter un emploi qui présente une part d’inconnu. Si on m’en propose un que je connais très bien, je le refuse car il ne m’apprendra rien. J’ai toujours voulu apprendre. Chaque mission doit comporter une part d’apprentissage. Quand vous vous sentez trop à l’aise, c’est qu’il est peut-être temps de passer à autre chose. Vous ne voulez pas avoir 10 sur 10, mais plutôt 7 sur 10.

Je passerai maintenant du caractère propre aux leaders à ce que je crois nécessaire pour former d’autres leaders afin qu’ils réalisent pleinement leur potentiel.

Le leadership, c’est créer une vision et une structure pour que les gens excellent

J’ai été responsable d’une division de l’exploration qui excellait à trouver des champs de pétrole et de gaz naturel, mais pas toujours à les monnayer. Nous avons dû changer notre optique et notre définition du succès. Nous avons d’abord fixé un nouvel objectif très clair. Il s’agissait de réduire de 65 % le temps moyen consacré à un projet, c’est-à-dire de décider de mettre en valeur ou de vendre trois fois plus rapidement qu’à l’habitude. Nous devions adopter un point de vue commercial au lieu d’être seulement des promoteurs patients.

J’ai fixé un objectif ambitieux. Mais je n’ai pas dit à mon équipe comment faire son travail : je devais l’aider à simplifier notre façon de considérer notre industrie et à déterminer les quelques priorités qui nous aideraient à atteindre notre but. Ces priorités et ce qui les relie constituent une structure. Sous ma direction, une structure ne doit pas compter plus de cinq priorités et, idéalement, pas plus de trois. Les enfants peuvent se rappeler cinq choses, tandis que les adultes peuvent généralement n’en retenir que trois.

Covey donne à ces priorités le nom de « grosses pierres », un terme très pertinent dans le domaine des matières premières. Ces grosses pierres doivent composer une liste claire qui n’occupera qu’une page, ou qui pourra être communiquée en très peu de temps. De plus, tous les membres de l’entreprise doivent comprendre ces priorités et la façon de les respecter chaque jour au travail. Ces grosses pierres proviennent souvent de questions cruciales : Quel est notre produit? Quelle est la demande du marché? Quels gestes-clés devons-nous poser pour gagner de l’argent et répondre aux attentes des parties prenantes aujourd’hui, et que devons-nous faire pour croître de manière à assurer notre réussite?

Lorsque l’organisation a bien cerné son objectif et sa structure, les gens peuvent commencer à exceller dans l’élaboration et l’exécution d’actions ciblées qui la mèneront à la réussite. La clarté nous indique la voie, puis la motivation et l’autonomisation suivent naturellement.

Le leadership, c’est créer une vision et déterminer une structure, fixer un objectif et simplifier la façon dont les gens voient l’industrie pour ensuite leur donner la liberté de faire leur travail.

Le leadership, c’est créer un environnement où les gens se sentent autonomes et comprennent qu’ils peuvent apporter de la valeur. Si vous réussissez à le faire, vous créerez un environnement diversifié et inclusif.

Une fois l’objectif et la structure en place, comment pouvez-vous donner aux gens la possibilité d’exceller? À mon arrivée chez Shell, j’étais extrêmement impressionnée par l’entreprise. J’ai vu, dès ma première réunion, des femmes et des hommes travailler ensemble et parler d’égal à égal. Tous s’intéressaient à mes idées, et des liens se créaient instantanément.

En tant que leader, vous prenez des responsabilités primordiales, dont celle de créer un environnement non menaçant où les gens peuvent se montrer vulnérables, accepter qu’ils ne savent pas tout, voir leurs idées respectées, dire des idioties puis en rire, et ne pas s’inquiéter de la manière dont ils seront perçus.

Pour réussir, il faut renoncer à la perfection.

Le leadership, c’est apprécier et favoriser la diversité des cultures, des sexes ainsi que des idées. C’est aussi mettre en place un environnement rassurant où les gens sont soutenus et se sentent à l’aise d’être différents et d’avoir des vues distinctes, et où ils prennent part à des discussions constructives.

Ce qui me rend très heureuse en tant que leader, c’est quand j’aide quelqu’un à se dépasser. Une porte s’ouvre pour cette personne, et elle voit qu’elle peut aller encore plus loin. Il s’agit de croire aux aptitudes, au potentiel et aux idées des gens, et de leur donner des occasions de découvrir qu’ils ont des compétences et des talents dont ils ignoraient l’existence.

Au début de ma carrière chez Shell, j’avais un mentor qui écoutait mes idées même quand elles différaient complètement de ce qui avait été fait auparavant. La confiance qu’il me manifestait a été déterminante pour ma réussite.

Le leadership, c’est se concentrer sur la personne et sur son cheminement : sur ses rêves, ce qu’elle attend de sa vie et de sa carrière, et non pas exclusivement sur ses tâches. Nous, leaders, ne devons pas nous concentrer seulement sur le travail à effectuer : nous devons réfléchir à la façon dont le travail se fera pour que ceux dont nous sommes responsables se réalisent le mieux possible. Le leadership, c’est plus qu’obtenir des résultats financiers. Le leadership, c’est établir des liens et une valeur commune, s’intéresser au triple bilan, et considérer chacun comme une personne à part entière, et non purement comme un employé.

Finalement,

Le leadership, c’est laisser quelque chose en héritage

Nous avons tous entendu parler d’organisations dont les dirigeants ont fait de grandes choses, et qui se sont écroulées lorsque ceux-ci sont partis ou ont pris leur retraite. Si leurs réussites n’arrivaient pas à leur survivre, on peut penser qu’ils n’avaient pas vraiment été de bons leaders. Si vous souhaitez être un bon leader, vous devez bâtir quelque chose qui prospérera et grandira sans vous. Il faut penser à l’avenir dès le premier jour. Pas à l’avenir rapproché, mais aux générations à venir.

Cette vision à long terme comprend tout ce dont je viens de traiter : former d’autres leaders, fixer un objectif à long terme clair – une étoile du Nord –, simplifier la façon dont les gens voient l’industrie, définir une structure dans le cadre de laquelle les gens seront libres de faire leur travail et d’exceller.

Quand j’occupe un nouveau poste, je pense dès le premier jour à qui me succédera dans l’intention de commencer tout de suite à former cette personne. Je travaille pour Shell, une société qui est au Canada depuis cent ans. Quand j’imagine comment je peux assurer à Shell Canada un succès qui se poursuivra bien après que je serai partie, je ne peux pas penser qu’aux trois ou aux cinq ans à venir. Je veux que Shell Canada prospère encore pendant une autre centaine d’années. On accepte une énorme responsabilité quand on dirige une société avec un si long parcours de réussite, car on se rend compte qu’on ne vous la confie que pour quelques années, et que pendant cette courte période on devra poser les fondations des nombreuses réussites à venir de l’organisation et des gens qui y travaillent.

Le leadership, c’est constituer un héritage, penser à long terme pour préparer la croissance de l’organisation et de ses intervenants. Le leadership se définit non pas par rapport à vous, mais par ce que vous laisserez aux autres.

Je résume comme suit ce que j’ai appris sur le leadership au cours de mon cheminement :

1. Le leadership, c’est une combinaison de compétence et d’authenticité – il faut être vulnérable et apprendre à enrichir ses connaissances.

2. Le leadership, c’est avoir le courage d’être soi-même et de défendre ce à quoi l’on croit.

3. Le leadership, c’est définir très clairement un objectif et élaborer une structure très claire qui vous aidera à l’atteindre.

4. Le leadership, ce n’est pas définir le comment. C’est donner la liberté d’action à votre équipe et créer un environnement inclusif et rassurant où chacun pourra réaliser pleinement son potentiel.

5. Le leadership, c’est laisser un héritage. Vous avez le privilège d’occuper un poste de direction, mais vous êtes aussi un maillon d’une chaîne. Laissez-la en bon état pour que d’autres la rendent encore plus forte après vous.